Le nouveau cadre juridique régissant la profession d’avocat au Maroc est officiellement entré en vigueur. La loi n° 66.23 relative à l’organisation de la profession d’avocat a été promulguée par dahir le 18 août 2026 et publiée au Bulletin officiel n° 7536 du 20 août 2026. Elle remplace le cadre juridique qui datait de 2008 et modifie en profondeur l’accès à la profession, son exercice quotidien et le fonctionnement des barreaux.

La loi 66.23 constitue une refonte structurante du statut de l’avocat au Maroc : nouvelles conditions d’accès et de formation, encadrement renforcé de l’exercice de la profession, contrôle financier accru par la Cour des comptes, et ouverture à de nouvelles missions. Les cabinets et avocats en exercice ont tout intérêt à suivre de près la publication des textes réglementaires d’application encore attendus, notamment ceux relatifs aux articles 12, 39 et au paragraphe 11 de l’article 121, qui conditionneront la mise en œuvre effective de certaines dispositions clés.

Un accès à la profession d’avocat au Maroc

La réforme réaffirme le rôle de l’avocat dans la réalisation de la justice, la garantie du procès équitable et la défense des droits humains, en le rattachant à la famille judiciaire.

Les conditions d’accès sont désormais les suivantes :

  • être âgé de 21 à 45 ans ;
  • être titulaire au minimum d’un master ou d’un diplôme équivalent en droit ;
  • jouir de ses droits nationaux ;
  • satisfaire aux conditions d’honorabilité prévues par la loi.

Le parcours d’accès change également de nature : le candidat doit désormais réussir un concours d’accès à l’Institut de formation des avocats, y suivre une formation théorique d’un an, puis obtenir le certificat d’aptitude à l’exercice de la profession.

Le stage professionnel est fixé à 24 mois, répartis entre 20 mois au sein d’un cabinet d’avocat désigné par le bâtonnier et 4 mois de formation dans une administration, un établissement public, une entreprise publique ou une autre structure liée à l’exercice de la profession.

Le serment demeure une étape obligatoire : le futur avocat s’engage à exercer ses fonctions avec honneur, dignité, conscience, probité, indépendance et humanité, dans le respect du secret professionnel et des institutions judiciaires.

Enfin, des régimes particuliers sont prévus pour certaines catégories, notamment les anciens magistrats, les enseignants-chercheurs en droit et certains fonctionnaires de la justice, qui peuvent, sous conditions, bénéficier d’exemptions de certificat d’aptitude ou de stage.

De nouvelles règles pour l’exercice quotidien

Le texte encadre strictement les activités incompatibles avec la profession d’avocat : activité commerciale, certaines fonctions de gestion dans les sociétés, fonctions administratives et judiciaires, ainsi que d’autres professions libérales, sous réserve des exceptions prévues par la loi. Tout avocat doit déclarer une situation d’incompatibilité dans un délai de 30 jours et y mettre fin dans les trois mois suivant cette déclaration.

La loi consacre également plusieurs formes d’exercice : individuel, en participation, en partenariat entre cabinets, en domiciliation professionnelle, en collaboration, ou au sein d’une société civile professionnelle d’avocats. La coopération avec un avocat ou une société professionnelle étrangère est aussi autorisée.

Chaque avocat doit justifier annuellement de l’exercice effectif de sa profession, du paiement de ses obligations financières envers son ordre, et souscrire une assurance de responsabilité civile professionnelle.

Parmi les nouveautés les plus commentées figure l’élargissement des missions de l’avocat au mandat d’agent dans les professions sportives et artistiques, sous réserve du respect des réglementations propres à ces activités. Le paiement des honoraires est par ailleurs davantage encadré, avec notamment l’obligation de mentionner l’identifiant fiscal de l’avocat sur les reçus.

Renforcement de la gouvernance et du contrôle financier

La réforme introduit un contrôle financier renforcé : les comptes de dépôts et de règlements des 17 barreaux du Royaume, dans lesquels transitent des sommes appartenant aux justiciables, sont désormais soumis au contrôle de la Cour des comptes, alors que cette surveillance relevait auparavant essentiellement des bâtonniers et des conseils de l’Ordre.

Plus largement, le texte entend consolider l’équilibre entre l’indépendance de la profession et les exigences de responsabilité professionnelle, en renforçant les règles de gouvernance et de déontologie. Il porte également sur l’organisation et le fonctionnement des cabinets et structures professionnelles, les règles applicables à l’exercice collectif de la profession, ainsi que sur les procédures professionnelles, disciplinaires et les voies de recours.

Reda Deryany, à la Cour d'appel de Paris (France)
Reda Deryany, à la Cour d’appel de Paris (France)

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